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L’oeuf – Théorie de Andy Weir


The Egg

By: Andy Weir

Translation: Alexandrine Latendresse

Mise en image par Jibé

Tu revenais chez toi quand tu es mort.

C’était un accident de voiture. Rien de vraiment remarquable, mais quand même fatal pour toi. Tu laissais derrière toi une femme et deux enfants. C’était une mort sans douleur. Les ambulanciers avaient tout essayé pour te sauver, mais sans succès. Tes blessures étaient telles que c’était mieux comme ça, crois-moi.

C’est alors que tu m’as rencontré.

«Mais… qu’est-ce qui se passe? » as-tu demandé. « Où suis-je? »

« Tu es mort » ai-je simplement répondu. Inutile de ménager ses mots.

« Il y avait un… un camion et il dérapait… »

« Ouais »

 « Je… je suis mort? »

« Ouais. Mais ne t’en fait pas avec ça. Tout le monde meurt » ai-je dit.

Tu as regardé autour de toi. Il n’y avait que du vide. Juste toi et moi. « C’est quoi, cet endroit? » as-tu demandé. « C’est ça, la vie après la mort? »

« Plus ou moins »

« Es-tu Dieu? »

« Ouais » ai-je répondu. «Je suis Dieu.»

« Mes enfants… ma femme… »

« Oui, quoi? »

«Est-ce que tout va bien aller pour eux?»

« C’est ce que j’aime entendre, » ai-je dit. « Tu viens de mourir et ce qui te préoccupe le plus, c’est ta famille. C’est très bien, ça. »

Tu m’as regardé avec fascination. Pour toi, je ne ressemblais pas à Dieu. Je n’avais l’air que d’un homme normal. Ou alors une femme. Une vague figure d’autorité, peut-être, plutôt comme un professeur de grammaire que le Tout-Puissant, disons.

« Ne t’en fais pas, » ai-je dit. «Ils vont bien. Tes enfants se souviendront de toi comme quelqu’un de parfait. Ils n’auront pas eu le temps de développer le moindre mépris pour toi. Ta femme va pleurer et porter le deuil, mais elle se sentira secrètement soulagée. Il faut dire que votre mariage battait de l’aile. Si ça peut te consoler, elle se sentira très coupable d’être soulagée.

« Oh. Alors, qu’est-ce qui se passe maintenant? Est-ce que je vais aller au paradis, ou en enfer ou je sais pas… quelque chose d’autre? »

« Rien de tout ça » t’ai-je dit. « Tu vas être réincarné. »

« Ah, donc c’est les Hindous qui avaient raison. »

« Toutes les religions ont raison à leur façon. Marche avec moi. »

Tu m’as suivi en marchant à travers le vide. « Où allons-nous? »

« Nulle part en particulier » ai-je dit. « C’est agréable de marcher en discutant, c’est tout. »

«  Alors, quel est le but de tout ça? » as-tu demandé. « Quand je vais renaître, je vais être une page blanche, c’est ça? Un bébé. Et toutes mes expériences, tout ce que j’ai fait dans cette vie n’auront servi à rien. »

« Mais non! Tu as en toi toute la connaissance et les expériences de tes vies passées, même si tu ne t’en souviens pas pour l’instant. »

Je me suis arrêté et je t’ai pris par les épaules. « Ton âme est encore plus magnifique, immense et superbe que tu ne peux l’imaginer. Un esprit humain ne peut contenir qu’une infime fraction de ce que tu es. C’est un peu comme mettre le bout de son doigt dans un verre d’eau pour tester la température. Tu mets une petite partie de toi dans une contenant, et quand tu en ressort, tu as acquis toute l’expérience que tu pouvais en tirer. »

« Tu étais dans un être humain ces 48 dernières années, alors tu n’as pas encore pris conscience de l’immensité de ton esprit. Si nous restions ici assez longtemps, tu commencerais à te souvenir de tout. Mais c’est inutile de faire ça entre chacune de tes vies. »

« Combien de fois me suis-je réincarné, alors? »

« Oh, souvent. Très, très souvent. Et dans des vies très différentes» ai-je répondu.  « Cette fois, tu seras une jeune paysanne chinoise en 540 AD. »

« Attends, quoi? » as-tu balbutié. « Je vais être renvoyé dans le temps? »

« Bien, techniquement, j’imagine que oui. Le temps, tel que tu le connais, n’existe que dans ton univers. Les choses sont bien différentes là d’où je viens. »

« Là d’où tu viens? »

« Bien sûr, » ai-je expliqué. « Je viens de quelque part. Quelque part, ailleurs. Et il y en a d’autres comme moi. Je sais que tu voudrais savoir comment c’est, là-bas, mais honnêtement, tu ne pourrais pas comprendre. »

« Oh » as-tu dit, un peu déçu. « Mais attends, si je me réincarne à un autre moment dans le temps, je suis peut-être entré en contact avec moi-même à un moment? »

« Bien sûr. Ça arrive tout le temps. Et comme chacune de tes vies n’est consciente que de sa propre existence, tu ne sais jamais que c’est en train d’arriver. »

« Alors, quel est le sens de tout ça? »

« Sérieusement? » t’ai-je demandé. « Sérieusement? Tu me demandes quel est le sens de la vie? Tu ne trouves pas ça un peu cliché?»

«C’est une question raisonnable» as-tu persisté.

Je t’ai regardé droit dans les yeux. «  Le sens de la vie, la raison pour laquelle j’ai créé tout cet univers, c’est pour que tu mûrisses. »

« Tu veux dire, l’humanité? Tu veux que les humains mûrissent? »

« Non, juste toi. J’ai créé tout cet univers pour toi. A chacune de tes nouvelles vies, tu grandis, tu mûris, et ton esprit devient plus large et plus brillant. »

« Juste moi?? Et tous les autres ? »

« Il n’y a personne d’autre. » ai-je dit. « Dans cet univers, il n’y a que toi et moi. »

Tu m’as fixé longuement. « Mais tous les gens, sur terre… »

« Toujours toi. Différentes réincarnations de toi. »

« Attends. Je suis… tout le monde?! »

« Tu commences à comprendre!» t’ai-je dit en te félicitant d’une tape dans le dos.

« Je suis tous les êtres humains ayant jamais vécu? »

« Ou qui vivront, oui,»

«Je suis Abraham Lincoln?»

«Et tu es John Wilkes Booth, aussi» ai-je ajouté.

«Je suis Hitler?» as-tu dit, consterné.

« Ainsi que les millions qu’il a tué. »

« Je suis Jésus? »

« Et tous ceux qui l’ont suivi. »

Tu es resté silencieux.

« Chaque fois que tu as fait du tort à quelqu’un, tu te faisais du tort à toi-même. Chaque acte de bonté que tu as posé, tu l’as fait à toi-même. Chaque moment heureux ou triste vécu par un humain a été, ou sera, vécu par toi. »

Longtemps, tu as réfléchi en silence.

« Pourquoi? » as-tu finalement demandé. « Pourquoi faire tout cela? »

« Parce qu’un jour, tu deviendras comme moi. Parce que c’est ce que tu es. Tu es l’un des miens. Tu es mon enfant.»

«Whoa» as-tu dit, incrédule. « Tu veux dire que je suis un dieu? »

« Non, pas encore. Tu es un fœtus. Tu es encore en train de grandir. Quand tu auras vécu chaque vie humaine à travers le temps, tu auras suffisamment  grandi pour pouvoir naître. »

« Donc tout cet univers, en fait, ce n’est que… »

« Qu’un œuf.» ai-je répondu. « Maintenant, il est temps pour toi de continuer jusqu’à ta prochaine vie. »

Et je t’ai fait continuer ton chemin.

loeuf

les cinq accords toltèques


  • Que votre parole soit impeccable.

Parlez avec intégrité, ne dites que ce que vous pensez vraiment. N’utilisez pas la parole contre vous-même, ni pour médire d’autrui. Utilisez la puissance de la parole dans le sens de la vérité et de l’amour. La parole est un outil qui peut détruire. Prenez conscience de sa puissance et maîtrisez-la. Pas de mensonge ni de calomnie.

  • Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle.

Vous n’êtes pas la cause des actes d’autrui. Ce que les autres disent et font n’est qu’une projection de leur propre réalité, de leurs rêves, de leurs peurs, de leurs colères, de leurs fantasmes. Lorsque vous êtes immunisé contre cela, vous n’êtes plus victime de souffrances inutiles.

  • Ne faites pas de suppositions.

Ne commencez pas à élaborer des hypothèses de probabilités négatives, pour finir par y croire, comme s’il s’agissait de certitudes. Ayez le courage de poser des questions et d’exprimer vos vrais désirs. Communiquez clairement avec les autres pour éviter tristesse, malentendus et drames.

  • Faites toujours de votre mieux.

Il n’y a pas d’obligation de réussir, il n’existe qu’une obligation de faire au mieux. Votre « mieux » change d’instant en instant. Quelles que soient les circonstances faites simplement de votre mieux et vous éviterez de vous juger, de vous culpabiliser et d’avoir des regrets. Tentez, entreprenez, essayez d’utiliser de manière optimale vos capacités personnelles. Soyez indulgent avec vous-même. Acceptez de ne pas être parfait, ni toujours victorieux.

(source « Pratique de la voie toltèque » par Don Miguel Ruiz)

  • Soyez sceptique, mais apprenez à écouter

Ne vous croyez pas vous-même, ni personne d’autre. Utilisez la force du doute pour remettre en question tout ce que vous entendez : est-ce vraiment la vérité ? Écoutez l’intention qui sous-tend les mots et vous comprendrez le véritable message

(source « Le cinquième accord toltèque » par Don Miguel Ruiz)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Miguel_Ruiz

“Vos enfants ne sont pas vos enfants”


Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit,
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

Khalil Gibran (extrait du recueil Le Prophète )

Le Prophète est un livre du poète libanais Khalil Gibran (1883-1931) publié en 1923 en anglais et qui est devenu un immense succès international traduit dans plus de quarante langues. L’ouvrage combine les sources orientales et occidentales du mysticisme et présente sous une forme poétique questions et réponses sur les thèmes les plus divers posées à un sage qui s’apprête à quitter la ville d’Orphalese où il habitait.

Le genre littéraire adopté rappelle Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, même si le contenu du livre en est très différent.)